Pour que le monde ait la vie : La visite du Pape Leon XIV en France
La France attendait depuis longtemps la visite de son Pasteur. Il y avait, chez beaucoup, un véritable désir de rencontre avec le pape Léon XIV. Du 25 au 28 septembre 2026, cette rencontre est devenue réalité, dans les villes de Paris, Lourdes et Metz.
Cette visite a été, pour moi, une véritable occasion de « réveil ». Un réveil qui ne concerne pas seulement les catholiques, mais qui a touché bien au-delà des frontières de l’Église.
Dans ma mission d’aumônière d’hôpital à Paris, j’ai été particulièrement touchée de voir combien les personnes malades s’intéressaient à cette visite. Elles en parlaient, suivaient les événements et exprimaient le désir de savoir ce que le pape disait. Un patient a même eu la possibilité de participer à la messe célébrée en plein air sur la place de la Concorde, dans le cadre du rassemblement qui a réuni, selon les médias, près de 800 000 personnes, parmi lesquelles environ 300 personnes malades ou en situation de handicap accompagnées par l’ABIIF, l’Association des Brancardiers et Infirmières d’Île-de-France.

Partout, on pouvait percevoir une atmosphère particulière : une joie simple, une disponibilité, un désir d’accueil. Comme lorsqu’une personne que nous aimons vient nous rendre visite et que nous nous préparons à l’écouter, parce que nous savons qu’elle vient nous apporter une parole dont nous avons besoin.
Un pape qui rejoint les cœurs
La simplicité du pape Léon XIV, son sourire, son regard bienveillant et ses paroles à la fois fortes et profondes ont touché de nombreuses personnes. Son message a rejoint aussi bien ceux qui étaient présents que ceux qui suivaient les événements à la télévision.
À l’hôpital, plusieurs patients m’en ont parlé spontanément. Certains ont été particulièrement touchés par ses paroles. Des personnes d’autres traditions religieuses, notamment des personnes juives que je côtoie dans ma mission, ont elles aussi manifesté leur intérêt. Certaines m’ont demandé les textes de ses discours. « C’est magnifique ! », m’a dit l’une d’elles.
Ces réactions m’ont beaucoup marquée. Elles montrent que la parole du pape peut rejoindre des personnes très différentes, lorsque cette parole touche à ce qui est profondément humain : l’espérance, la fraternité, la paix, la dignité de chaque personne et le désir d’un monde plus juste et plus solidaire.
Une Église qui se retrouve
Un autre moment particulièrement marquant fut la rencontre avec les 8 000 religieux et religieuses réunis à Notre-Dame pour les Vêpres.
Il y avait dans cette célébration un profond sentiment d’unité. Nous étions comme des enfants qui se retrouvent dans la maison familiale autour de leur père : heureux de se rencontrer, de partager la même foi et de recevoir une parole qui nous rassemble et nous envoie à nouveau en mission.
Cette rencontre a rappelé que la vie consacrée, dans sa diversité, demeure appelée à être présence, témoignage et service au cœur du monde.
Les visages des jeunes : un signe d’espérance
Mais parmi les images qui resteront le plus fortement gravées dans ma mémoire, il y a surtout les visages des jeunes et des enfants.
Près de 80 000 jeunes de 17 à 35 ans se sont rassemblés au Stade de France pour une veillée de prière avec le pape, autour du thème « Dans les pas des saints ».
Ils n’étaient pas seulement venus prier. Ils ont aussi découvert ou redécouvert l’histoire de saints de France, leur vie, leurs combats, leur manière de répondre à l’appel de Dieu et de devenir, à leur époque, des témoins de l’Évangile.
Ces jeunes sont un signe d’espérance. Ils montrent que la foi n’est pas une réalité du passé. Elle peut encore rejoindre les nouvelles générations, lorsqu’elle leur est proposée comme un chemin de vie, de liberté, de fraternité et de rencontre.
Un nouvel élan pour l’Église en France
Il ne faudrait pas penser que la foi avait disparu ou qu’elle était complètement cachée en France. Depuis quelques années déjà, nous sommes témoins d’un renouveau spirituel, chez des jeunes comme chez des adultes, à travers les baptêmes, les conversions, les vocations et de nouvelles formes de recherche spirituelle.
La visite du pape Léon XIV vient donner un nouvel élan à ce mouvement. Elle peut encourager l’Église en France à poursuivre son chemin d’évangélisation, à être encore plus dynamique, créative et proche des réalités humaines de notre temps.
À Paris, à Lourdes comme à Metz, les rencontres ont montré une Église capable de se rassembler, de célébrer, d’écouter et d’aller à la rencontre de ceux qui cherchent.
Pour moi, cette visite restera avant tout comme une expérience de rencontre : rencontre du pape avec le peuple de France, rencontre entre générations, entre cultures et entre différentes traditions religieuses, mais aussi rencontre avec celles et ceux qui, dans la fragilité de la maladie ou du handicap, continuent de chercher des raisons d’espérer.
« Pour que le monde ait la vie » : ce thème prend alors un sens particulier. Il ne s’agit pas seulement de transmettre un message, mais de devenir soi-même porteur de vie, d’espérance et de fraternité.
La visite du pape est passée. Mais ce qu’elle a éveillé peut continuer à vivre : dans les cœurs, dans les communautés, dans les familles, auprès des jeunes, auprès des personnes fragiles et malades, et au cœur de notre société.
C’est peut-être là le véritable défi qui nous est laissé : ne pas simplement garder le souvenir d’une belle rencontre, mais nous laisser nous-mêmes renouveler pour devenir, là où nous sommes, des témoins d’une espérance qui donne vie.
J’ai volontairement conservé votre regard d’aumônière : les patients, les personnes d’autres religions, les malades accompagnés à la messe, les religieux et surtout les jeunes. Cela donne à l’article une dimension personnelle et pastorale, plutôt qu’un simple compte rendu de la visite.
Sr. Maria Esperanza OLARTE-MATEUS. OP – Soeur Domnicaine de la Présentation à Paris
